Ecrire ses mémoires peut être envisagé comme un voyage. C'est comme cela que je le conçois. Depuis neuf ans, j'exerce cet art de relater vos précieux souvenirs. Au fur et à mesure me viennent des réflexions sur l'essence de cette plume et les aspects qu'elle aborde. Aussi je partage les étapes de ce voyage de l'écriture de soi dans une suite de carnets qui seront publiés sur ce site web au gré de mes pérégrinations.   

Carnet 1 

Octobre 2019

Dans l'acte d'écriture, il y a à la fois la libération et le renoncement.

Livrer ses mémoires transmet une part de soi écrite en composant avec la fraîcheur du présent.  

Ceux qui font écrire leurs mémoires par Camille auteure biographe recherchent cette transmission par le livre. 

Au cours de ces neuf dernières années, j'ai remarqué qu'elles avaient un dénominateur commun : elles souhaitaient expliquer leur passé, leur vécu, leurs origines, les raisons qui les avaient décidées à se métamorphoser, à s'interroger sur l'existence, à se reconstruire ailleurs. Ces histoires habitaient maintenant elles aussi chez moi car je les avais écrites dans ma maison créative. Toutes ces vies apportaient un témoignage sur une époque, un détail sur l'histoire, un regard autre sur le monde.

J'espère comprendre ceux qui ont été déracinés, ceux qui ont dû s'adapter, ceux qui ont réussi à se reconstruire ailleurs et autrement, ceux qui se souviennent de leur histoire... La meilleure part d'inspiration revient à la vie. C'est pour cela que je la raconte. 

Je discute de la vie avec des personnes qui ont 10, 20, 30, 40, voire 60 ans de plus que moi, parfois elles sont du même âge. Je réalise à quel point l'enfance et la jeunesse sont courtes et à quel point l'âge adulte permet d'accomplir sa vie. Je rencontre des résistants de la vie, de ceux qui ont un passé, qui ont traversé les épreuves de l'Histoire, qui ont vu parfois des horreurs, qui en ont subi aussi. Ils ont lutté du mieux qu'ils ont pu en vivant le déracinement. Que reste-t-il après ?

Ils se souvenaient de la Seconde Guerre mondiale quand ils étaient enfants. Je découvrais ce qu'ils avaient connu et même s'il y avait un fond commun, les histoires de mes contemporains divergeaient en fonction de leur lieu d'habitation, de leur milieu, de leur famille, du nombre d'enfants dans leur fratrie, de la situation de leurs parents, des subterfuges de leurs proches pour vivre cette période le mieux possible. Ils avaient été initiés très jeunes à la notion de courage. Et quand cette période pénible s'était achevée, ils avaient profité des plaisirs simples...

Ils se souvenaient de leurs voyages, de leurs excursions, de leurs expéditions, de leur goût de l'aventure. Ils posaient un regard singulier sur les événements de leur vie, ils relataient leurs souvenirs, l'appréhension qu'ils avaient du monde. Et dans la construction lente et dense de leur existence, ils arpentaient les méandres de leur raisonnements, ils essaimaient leurs propos, leurs idéaux, leurs rêves et leurs envies...

Ils se souvenaient d'un événement particulier, d'un épisode troublant de leur vie qui avait façonné d'autres étapes de leur parcours. Ils analysaient les conséquences de périodes accidentelles, malheureuses, regrettables. Et dans ce dédale de circonstances fâcheuses, ils voulaient expliquer leurs métamorphoses, énoncer leur individualité...        

Tous ces récits de vie singuliers qu'abritaient les chaumières m'exaltaient. Ils représentaient une source intarissable de points de vue tant ils étaient placés à des angles inconnus de la vaste pièce de l'univers. Je pouvais imaginer, sans les avoir vécus, ces moments de vie qui avaient côtoyé la grande histoire, celle écrite dans les bouquins dont je me souvenais des grandes dates et de quelques faits.