Extrait d'un manuscrit

Posté par admin on February 15, 2014

ENTERREE VIVANTE : un livre coup de poing écrit à deux têtes et quatre mains qui relate l'histoire d'une jeune femme mariée de force en Algérie

Samira Khoualed a confié son histoire à Camille auteure biographe. Le manuscrit, intitulé Enterrée vivante, est maintenant achevé et Samira souhaite partager son expérience avec le plus grand nombre. Avec son accord, je vous présente un résumé et un extrait de son histoire.

 
Enterrée vivante relate l'histoire d'une femme, Samira Khoualed, née en France en 1960, mariée de force en Algérie en 1978. Elle a vécu dix ans avec un homme violent dont elle a eu quatre enfants. En 1987, elle réussit à revenir en France avec l'un de ses enfants après une décennie d'humiliation et de maltraitance.
 
Vingt-cinq ans plus tard, Samira a retrouvé ses trois premiers enfants. Elle choisit de raconter son histoire à Anne-Sophie Coisne Laurent, créatrice de « Camille auteure biographe », spécialisée dans les récits de vie. Après des entretiens au cours desquels Samira a raconté sa vie passée en Algérie, Camille auteure biographe a romancé le témoignage de Samira.

Voici l'incipit :

" Je composai fébrilement le numéro de téléphone de la maternité. Quatre sonneries s'échappèrent dans le vide. Quelqu'un me répondit. J'entendis une petite voix :

- Allô, allô,

- Bonjour, Yasmina ?

- Oui, c'est moi.

- C'est maman,

- Qui ?

- C'est maman,

- Maman...

- J'ai su par ma soeur que tu venais d'avoir un enfant et je tenais à te féliciter, ma fille.

Yasmina mit un temps à reprendre ses esprits ; la fatigue de l'accouchement et l'étonnement d'entendre la voix de sa mère au téléphone la troublèrent. J'entrais de nouveau dans sa vie par surprise comme j'en étais sortie il y a vingt ans. Et je ne savais pas quel accueil allais-je recevoir après tant années passées sans nous voir. Notre entretien téléphonique se déroula au-delà de toutes mes espérances. À tel point que je proposai de lui rendre visite. Elle accepta. Elle m'invita chez elle.

Je pris rapidement un aller-retour en train Lille-Lyon. J'avais hâte de retrouver ma petite fille que je n'avais pas vu depuis vingt ans. Dans le train, trois heures me séparaient encore d'elle. Elle devait avoir maintenant 29 ans et je me réjouissais de son emménagement en France. C'était pour moi l'opportunité inespérée de la revoir et de lui fournir enfin des explications. Bien sûr il y avait eu des lettres, des cartes postales, des nouvelles que j'avais réussi à lui transmettre. Les avait-elle seulement toutes reçues ? Lui avait-on seulement remis mes cartes ? Et si oui, quels étaient les commentaires, les sousentendus qui accompagnaient mon courrier ? Chaque jour, j'avais pensé à mes enfants. Comment aurais-je pu faire autrement ? L'une de mes soeurs aînées m'avait informée que Yasmina habitait désormais Lyon et qu'elle mettait au monde son second enfant. J'eus la chance qu'elle m'indiqua les coordonnées de la maternité. Et il avait suffi de prendre le téléphone pour lui parler naturellement.

Yasmina était en vie, en bonne santé, et elle venait d'être une nouvelle fois maman. Peut-être pouvait-elle maintenant comprendre mon chemin puisqu'elle était arrivée à l'âge adulte. J'avais beaucoup d'appréhension quand il me venait l'envie de reprendre contact avec elle, son frère et sa soeur. Ces vingt années passées sans voir mes enfants, sans les élever, sans les aider, représentaient l'irréparable. Je savais bien que le temps ne se rattrapait pas, il se perdait inexorablement. Pour moi, il s'était dilapidé année après année. Je repensais à l'instant où je lui avais parlé au téléphone.(...)

Yasmina vint me chercher à la gare avec ses enfants. Je redécouvris le visage de ma fille de 9 ans devenue une femme. Je savourais cet instant. Mon coeur de maman s'ouvrit comme au jour de sa naissance. Quand je fermais les yeux ces dernières années, j'essayais parfois de me souvenir de leurs visages, de leur allure, de la constitution de leur corps. Mais vainement le temps effaçait la netteté des contours et des formes, il ne restait plus parfois que l'ombre d'une silhouette. Et souvent je n'entendais plus le son de leurs voix et de leurs cris. J'étais condamnée à les imaginer grandir. Ils étaient devenus irréels. Pourtant je savais bien qu'ils existaient, mes enfants fantomatiques. Mais comme je ne les voyais plus, leur image s'estompait. Les détails avaient disparu. Je gardais en mémoire les caractéristiques les plus prégnantes de leur apparence. D'autant plus qu'ils étaient enfants quand je les avais quittés. Je ne pouvais que les imaginer grandir et changer..."


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